Un million de vues en 12 heures, une pluie d'accusations d'appropriation culturelle... et pourtant, si on regardait de plus près ? Entre passion et confusion, Dzirielle décrypte pourquoi le bijou de Sabrina Carpenter au Met Gala n'a, techniquement, rien d'un Khit errouh algérien.

Depuis quelques heures, une publication d'une grande page Instagram tourne en boucle avec une question bien calibrée pour faire réagir : Sabrina Carpenter aurait-elle « volé la culture algérienne » en portant sa coiffe au Met Gala 2026 ? La vidéo a déjà cumulé plus d'un million de vues et plus de 25 000 likes. On a regardé de plus près. Et non.

La polémique en deux mots

La page blinxnow, suivie par plus de 4 millions d'abonnés, a publié une vidéo mettant côte à côte la coiffe portée par la chanteuse américaine et le khit el rouh, bijou de tête traditionnel algérien. Le titre, formulé comme une question rhétorique, a fait son effet : les commentaires se sont enflammés, les partages aussi.

Sauf que regarder les deux images côte à côte suffit à calmer le jeu.

C'est quoi exactement le khit el rouh ?

Le khit el rouh est un bijou de tête porté traditionnellement lors des cérémonies de mariage en Algérie. Il est composé de fils d'or ou d'argent, de pièces de monnaie, de perles et de pierres colorées, disposés en cascade sur le front et les tempes. Il est chargé d'une symbolique forte : protection, fertilité, passage vers un nouveau statut social.

Ce n'est pas simplement « un joli headpiece à chaînes ».

Pour en savoir plus sur son histoire et sa signification, consultez notre article dédié au khit el rouh.

Et ce que porte Sabrina Carpenter, c'est quoi ?

La coiffe portée au Met Gala est une pièce de haute joaillerie occidentale : des chaînes de diamants tombant sur le front, dans un style qu'on retrouve dans la joaillerie Art déco des années 1920, dans les coiffes de mariée indiennes appelées maang tikka, dans les parures ottomanes, dans les bijoux de scène hollywoodiens des années 1950, et dans des dizaines de collections de grandes maisons depuis des décennies.

Ressemble-t-elle vaguement au khit el rouh vue de loin, sur un écran de téléphone, en scroll rapide ? Peut-être. Est-ce la même chose ? Non.

Pourquoi ce genre de polémique fonctionne si bien

Ce n'est pas un hasard si la publication est formulée comme une question. « A-t-elle volé... ? » ne dit rien, mais sous-entend tout. C'est un format conçu pour provoquer de l'indignation sans prendre de responsabilité. Et l'indignation, ça fait des vues.

Le problème, c'est que ce type de contenu finit par desservir les cultures qu'il prétend défendre. Réduire le khit el rouh à un sujet de buzz autour d'une célébrité américaine, c'est précisément lui faire perdre sa profondeur et sa singularité.

Ce que disent les internautes arabophones eux-mêmes

Dans les commentaires de la publication originale, les réactions sont loin d'être unanimes. Certains rient de l'accusation, d'autres la trouvent exagérée, d'autres encore précisent que « ce n'est pas le khit el rouh ». La polémique est donc avant tout le produit d'une mise en scène éditoriale, pas d'un consensus populaire algérien.

Ce qui mérite vraiment d'être dit

Le khit el rouh est un bijou d'une richesse extraordinaire, ancré dans des siècles de savoir-faire artisanal algérien. Il mérite qu'on en parle, qu'on le documente, qu'on valorise les artisans qui le perpétuent.

Il ne mérite pas de devenir le décor d'une polémique Instagram qui sera oubliée dans 48 heures.

Newsletter Dzirielle
Ne manquez rien.
Mode, beauté, recettes & société — chaque semaine.
S'inscrire gratuitement
Confirmation par email — désinscription possible à tout moment.