Le 28 juillet 2026, Khalida Boufedech est devenue la première femme à présider l'Assemblée populaire nationale algérienne. Un symbole fort, mais aussi l'aboutissement d'une trajectoire féminine longue, discrète, qui mérite d'être racontée autrement.

Il y a des élections qui changent un nom sur un organigramme. Il y en a d'autres qui déplacent une ligne invisible, celle qui sépare ce qui a toujours été de ce qui devient enfin possible. Le 28 juillet 2026, à Alger, cette ligne a bougé. Khalida Boufedech, 44 ans, a été élue présidente de l'Assemblée populaire nationale, la chambre basse du Parlement algérien. Une première depuis l'indépendance du pays.

Le chiffre, à lui seul, mérite d'être posé sur la table : 302 voix sur 366. Une majorité écrasante, obtenue face à deux candidats hommes, l'un issu de l'opposition islamiste, l'autre de l'opposition laïque. Ce n'est pas une victoire de couloir ni un symbole négocié en coulisses. C'est un consensus, construit et assumé.

Une médecin devenue la quatrième personnalité de l'État

Ce qui frappe d'abord, chez Khalida Boufedech, ce n'est pas le costume politique. C'est le parcours qui le précède. Diplômée de médecine générale à l'Université d'Alger en 2008, elle se spécialise ensuite en allergologie et immunologie clinique. Pendant des années, elle soigne, elle diagnostique, elle écoute des patients dans les hôpitaux publics d'Alger, d'abord à Aïn Taya, puis au CHU de Beni Messous.

Ce détour par la santé publique n'est pas une anecdote de biographie. Il façonne une manière d'exercer le pouvoir : celle de quelqu'un habitué à gérer l'urgence, à composer avec des moyens limités, à porter une responsabilité qui ne tolère pas l'à-peu-près. Élue députée du Front de libération national pour la wilaya d'Alger le 2 juillet 2026, elle accède un mois plus tard à la présidence de l'APN, devenant ainsi la quatrième personnalité de l'État algérien.

Ce qui rend cette élection réellement significative, c'est qu'elle ne surgit pas de nulle part : elle s'inscrit dans une trajectoire féminine algérienne longue, discrète, souvent contrariée.

Avant Khalida Boufedech, d'autres femmes ont ouvert des brèches sans jamais atteindre ce sommet précis. Zohra Drif, figure historique de la guerre d'indépendance, a présidé le Conseil de la nation, la chambre haute. Louisa Hanoune a été la première femme candidate à une élection présidentielle algérienne. Khalida Toumi a occupé pendant plus d'une décennie le ministère de la Culture, portant une parole féministe rare dans l'arène politique du pays. Aucune d'entre elles n'avait présidé la chambre basse du Parlement.

Et il y a une coïncidence qui donne le vertige : depuis juin 2025, la Cour constitutionnelle algérienne est elle aussi dirigée par une femme, Leïla Aslaoui. Deux des institutions les plus hautes du pays sont donc aujourd'hui présidées par des femmes, au même moment, dans un Parlement où elles ne représentent que 5,6 % des députés, soit 23 femmes sur 407 sièges.

Pour Dzirielle magazine, ce genre de nouvelle n'est jamais anodine. Elle rappelle que les avancées ne se mesurent pas seulement en lois votées ou en quotas respectés, mais aussi dans ces instants où une femme, portée par son parcours et par la confiance de ses pairs, s'installe à un fauteuil que personne avant elle n'avait occupé. Nous sommes fières, en tant que rédaction, de voir cette page s'écrire, et convaincues qu'elle en appellera d'autres.

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