Un roman dédié à l'art, à l'évasion et à l'orient....
1er extrait :L'argile était aussi le premier matériau qu'il avait appris à travailler. Les émotions tactiles qu'elle lui procurait étaient délicieuses. Ses mains et ses doigts étaient les principaux outils pour le modelage. Pendant cette étape, il avait l'impression de s'engouffrer dans ses créations. Et, malgré l'habitude et la répétition, cette sensation ne le quittait pas. Il avait réussi, à force de travail, à rendre l'argile docile et à en comprendre tous les mécanismes : les modelés qui la rendaient plus généreuse lui permettant une plastique finale parfaite. La terre, l'argile, c'est la vie et la sculpture prolonge cette éternité. Cet art, c'était son interprétation de l'existence, arrachée à l'éphémère pour aboutir à l'infini à travers elle. Il voulait tout lier. Le tout petit, le minuscule, presque le ridicule : c'est à dire l'existence humaine brève et furtive avec le grand, l'immense, le durable, l'éternel : la sculpture par l'argile. Voilà sa définition de la sculpture avec la terre. Celle-ci, tridimensionnelle dans nos regards, mais tellement multidimensionnelle dans son sens. C'est à cause d'elle, irrésistible, qu'il tomba amoureux de ce métier et qu'il sombra dans l'obsession du créateur. Depuis que son père n'était plus, cette obsession divine et insensée l'avait possédé complètement. Il n'y avait pas un seul jour où il n'y pensait. Ce soir encore, il s'endormirait avec elle. Et demain encore, à cause d'elle, il se réveillerait. C'était un peu comme la folie. Ni son corps, ni sa tête n'étaient plus jamais tranquilles. Settir ne connaissait plus la paix. Il avait le sentiment d'être l'instrument d'une force qu'il ne pouvait contrôler. En même temps, la sculpture lui procurait des sensations qu'aucune autre ne savait lui donner. C'était pour cela qu'il l'aimait tant. S'il était malade, préoccupé ou songeur, il lui suffisait de créer une pièce pour aller mieux. Quel ambigu paradoxe ! La tête humaine est tellement remplie de contradictions.
2ème extrait :
Il attendait la fin du spectacle celui qu'elle donnait tous les soirs au même endroit, avec les autres danseuses. Celui où il l'avait connue. Il avait le coeuur qui battait vite. Tout s'emballait. Il ne tenait plus en place. Il avait le sentiment d'être en lévitation, au-dessus du sol. Il se sentait comme un oiseau qui attendait un ange. Il était si bien et en même temps, il avait peur. Il la distinguait de loin s'avançant vers lui. En l'apercevant, il fut complètement bouleversé, secoué. Il se sentait comme emporté par un tourbillon, dévasté par un séisme intérieur. Il avait atteint un degré de plénitude jamais visité. Une certitude s'imposait à lui : il avait abdiqué devant elle, ouvert les yeux et réalisé qu'avec elle il existait. Ce constat, il ne pourrait plus le nier. Il comprit que la Vieille Dame avait raison. Au départ, il voulait s'amuser avec Matafa. Finalement, il avait trouvé auprès d'elle, un immense amour. Quoi qu'il arrive il savait qu'il l'aimerait toujours, jusqu'à sa mort. C'est comme si elle avait trouvé et enlevé un trésor des tréfonds de son âme, qu'il ne soupçonnait pas. Il ne pourrait plus vivre sans elle puisqu'elle avait pris cette partie de lui dont il avait le plus besoin. A l'endroit où elle serait, il devait être.
3ème extrait :
Il regarda enfin son oeuvre, il avait matérialisé son obsession. Comme Leyla avait eu le sentiment d'un aboutissement, la sensation d'avoir trouvé cette petite maison bénite, ce nid douillet au bout de son chemin, vers sa quête personnelle, Settir eut à son tour cette révélation. Il savait que là, devant lui, se trouvait son équilibre, sa réponse. Il avait l'impression de revenir d'un long exil. Encore, il la contemplait et il sentait son âme venir guérir la sienne. Il avait le sentiment d'un accomplissement total car il avait été fidèle à ses ambitions de jeunesse en donnant corps à son rêve. Il se sentait comme un roi. Il avait assujetti la perfection dans l'incarnation d'une divinité statuaire dont les délicates imperfections traduisaient une vérité intemporelle. Cette dernière proposait une invitation pour un voyage vertigineux, vers une découverte surprenante : une rencontre avec soi. Elle était un hymne à la vie et, dans l'euphorie, Settir crut l'entendre respirer. C'est donc naturellement qu'elle était à l'image de la femme, en hommage à sa mère, pour sa femme : sa muse et ses filles, pour la vie. « La Vénus de Mali », jamais elle ne pleurerait.
Elle arborait des lignes fines et gracieuses. Les bras érigés en l'air comme pour atteindre l'infini, elle offrait une véritable confusion aux sens. En même temps, sa tête était légèrement penchée vers le bas, comme pour suggérer une touche d'humilité, au milieu de cette explosion de splendeur : une inclinaison vers la terre tel un symbole pour son intérêt à l'égard de l'humanité. Accroupie mais redressée sur ses deux jambes solides qui n'en faisaient qu'une, elle soutenait un buste fin et solide. « La Vénus de Mali » était magnifique. Elle brillait de mille feux au sein d'un chantier chaotique qui avait permis son achèvement. Elle pouvait être une femme ou toutes les femmes.
Aucune réaction pour le moment
Soyez la première à commenter cet article d’archive.
Rejoignez la communauté Dzirielle
Commentez, participez aux forums et échangez avec des milliers de femmes algériennes.
Créer mon compteDéjà membre ? Se connecter