Pas d'influenceurs, peu de blabla. Juste du cinéma, des rencontres humaines et des échanges spontanés avec les habitants de Saïda. La 9e édition du Festival national de la littérature et du cinéma de la femme vient de refermer ses portes, et ceux qui y étaient en reviennent transformés.

Il y a des festivals qui brillent par leur tape-à-l'œil. Et il y a Saïda. Dans cette ville de l'ouest algérien, du 2 au 6 mai 2026, quelque chose de rare s'est produit : un festival qui a choisi l'authenticité plutôt que le spectacle, la profondeur plutôt que la visibilité, le cinéma plutôt que les paillettes. La cinéaste Feriel Gasmi Issiakhem, de retour du festival, l'a résumé avec une franchise qui dit tout : "Pas d'influenceurs, peu de blabla lors des cérémonies d'ouverture et de clôture. Juste du cinéma, des rencontres humaines et des échanges spontanés avec les habitants de Saïda."

Un festival né pour donner de la visibilité aux femmes créatrices

Le Festival national de la littérature et du cinéma de la femme de Saïda n'est pas né par hasard. Il répond à un constat simple et têtu : dans le paysage culturel algérien, les femmes cinéastes et écrivaines restent sous-représentées, sous-financées et sous-exposées. Ce festival est l'un des rares espaces nationaux où leurs œuvres trouvent non seulement une vitrine, mais un vrai public, des débats, des retours et une reconnaissance.

Neuf éditions plus tard, il s'est imposé comme un rendez-vous incontournable de la scène culturelle algérienne. Son commissaire Belkacem Moulay, salué unanimement par les participants pour son professionnalisme et son dévouement, en a fait un laboratoire d'idées où la création féminine est célébrée sans condescendance.

Une édition placée sous le signe de Biyouna

La cérémonie d'ouverture de cette 9e édition a été dédiée à Biyouna, disparue en 2025. De son vrai nom Baya Bouzar, cette actrice et chanteuse algérienne incomparable était bien plus qu'une artiste : elle était une force de la nature, une femme libre dans une société qui ne facilitait pas toujours cette liberté. Lui rendre hommage en ouverture d'un festival dédié à la création féminine était un choix fort, chargé de sens. Un documentaire retraçant sa carrière a été projeté, suivi du long métrage historique "Ahmed Bey" du réalisateur Jamel Choorrjeh, en présence de son équipe.

Le slogan qui dit tout : "L'invisible fait l'image"

Cette édition était placée sous le slogan "L'invisible fait l'image". Quatre mots qui résument l'essence même du festival : mettre en lumière ce qu'on ne voit pas, donner une image à ce qui n'en a pas encore. Les femmes qui écrivent dans leur chambre, qui filment sans budget, qui portent des histoires que personne ne raconte. C'est pour elles que ce festival existe.

Une programmation internationale ambitieuse

Cette 9e édition a marqué une étape dans l'internationalisation du festival avec la participation de trois pays : l'Espagne, la Palestine et la Tunisie, invitée d'honneur.

La Palestine occupait une place particulière et éminemment politique dans la programmation. Le film "Palestine 36" de la réalisatrice Annemarie Jacir, retraçant les événements de la révolte palestinienne, a été projeté aux côtés d'une sélection de courts métrages intitulée "Women from Ground Zero", des films réalisés par des femmes depuis Gaza. Dans le contexte actuel, projeter ces œuvres à Saïda était un acte culturel et politique fort.

L'Espagne s'est invitée à travers le nouveau programme "Coup de projecteur", qui mettra chaque année un pays à l'honneur, avec la projection de "Face au vent" de Meritxell Colell et une rencontre avec une écrivaine espagnole autour du thème "L'écriture espagnole au féminin entre tradition et modernité".

La Bourse Zermani et l'Académie du Cinéma : investir dans les jeunes

Ce qui distingue le festival de Saïda des simples vitrines culturelles, c'est son investissement concret dans la formation et l'émergence des talents. Deux dispositifs méritent d'être soulignés.

La Bourse Zermani, programme d'accompagnement à l'écriture de scénarios, a récompensé cette année Nousnouss B. pour son scénario "Chhal men Mozart", avec une mention spéciale à Inas Issiakhem pour "Mzali". Ce n'est pas un prix symbolique : c'est un accompagnement concret pour développer un projet cinématographique.

L'Académie du Cinéma, nouvelle initiative de cette édition, proposait quatre ateliers gratuits ouverts à tous sur les métiers du cinéma, de l'écriture à la production. Gratuite et accessible, elle incarnait parfaitement l'esprit du festival : ne laisser personne dehors.

Le public de Saïda, âme du festival

Plusieurs participants ont insisté sur un élément inhabituel dans les festivals algériens : la qualité exceptionnelle du public saïdéen. Feriel Gasmi Issiakhem l'a écrit avec émotion : "Il y a eu le public de Saïda, le merveilleux public. Par sa curiosité intellectuelle, son enthousiasme et la qualité de ses échanges avec les auteurs et les cinéastes, il a donné au festival une âme singulière."

Un public qui remplit les salles, qui pose des questions, qui interpelle les cinéastes après les projections, qui lit les romans des auteures invitées. Un public qui mérite que le festival existe, et qui mérite surtout, comme le souligne la même cinéaste, que la salle de cinéma de Saïda reste ouverte après le festival pour que les habitants puissent "continuer à respirer l'art".

Le palmarès complet de la 9e édition

La cérémonie de clôture du 6 mai 2026 au théâtre régional Sirat-Boumediene a révélé les lauréats de cette édition, avec un palmarès qui témoigne de la richesse et de la diversité de la création féminine algérienne.

Concours du roman
Prix du meilleur roman : Amira Fatna Mahsar pour "Ware Al-Zanad", saluée pour sa puissance narrative et sa vision créatrice singulière.

Bourse Zermani d'écriture de scénario
Lauréate : Nousnouss B. pour le scénario "Chhal men Mozart"
Mention spéciale du jury : Inas Issiakhem pour le scénario "Mzali"

Concours des courts métrages de fiction
Khalkhal d'Or du meilleur court métrage : "Nia" d'Imene Ayadi
Mention spéciale du jury : "Collateral" de Yazid Yito, salué pour la singularité de son propos artistique

Concours des longs métrages
Khalkhal d'Or du meilleur long métrage : "Poupiya" de Yacine Bouaziz
Mention spéciale du jury : "Les Tempêtes" de Dania Reymond Bougheni

Un festival qui mérite de grandir

Feriel Gasmi Issiakhem l'a dit clairement : "Ce festival mérite du soutien et peut facilement atteindre une dimension internationale, en s'imposant comme un véritable rendez-vous du cinéma d'auteur." Avec neuf éditions au compteur, une identité éditoriale forte, un public exceptionnel et une programmation qui n'a rien à envier aux grands festivals méditerranéens, le festival de Saïda a tout pour franchir un cap.

Il lui manque peut-être une chose : être davantage connu, raconté, célébré. C'est aussi pour ça que Dzirielle en parle.

Rendez-vous à la 10e édition.

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