Pas une liste scolaire. Pas les films qu'on cite pour faire bonne figure. Six œuvres algériennes qui montrent ce que les femmes traversent vraiment : la peur, le courage, le silence, la rage. Et parfois, la victoire.

Le cinéma algérien, on en parle souvent avec les mêmes trois films. La guerre, l'indépendance, le passé. Des œuvres importantes, mais pas toujours celles qui nous parlent, nous, les femmes algériennes d'aujourd'hui.

Parce qu'il existe un autre cinéma algérien. Plus discret, moins célébré, mais infiniment plus proche de ce qu'on vit. Des films qui montrent des femmes qui résistent, qui reconstruisent leur corps après la violence, qui partent à la recherche de quelqu'un, qui cousent une robe pendant que la ville brûle, qui se baignent dans la mer et paient le prix de cette liberté.

Voici six de ces films. Certains sont faciles à trouver. D'autres demandent un peu de recherche. Tous valent chaque minute.

1. Papicha (2019), Mounia Meddour

Sélectionné aux César, nominé aux Oscars. Disponible sur Netflix.

Alger, années 1990. La décennie noire bat son plein. Nedjma (interprété par Lyna Khoudri) a vingt ans, elle étudie la mode, elle veut organiser un défilé. Autour d'elle, le monde se referme. Des femmes disparaissent. Des affiches menacent. Les sorties nocturnes deviennent des actes de bravoure.

Elle coud quand même.

Ce film, c'est le plus beau hommage jamais rendu aux femmes algériennes de cette époque. Celles qui ont continué à vivre, à créer, à refuser de se laisser éteindre. Nedjma n'est pas une héroïne de guerre. C'est une fille de vingt ans avec de l'aiguille et du fil. Et c'est précisément pour ça qu'elle est inoubliable.

Elle coud une robe pendant que la ville brûle. C'est ça, être une femme algérienne.

2. Houria (2022), Mounia Meddour

Festival d'Arras. Sortie France mars 2023.

Alger. Houria est danseuse. Femme de ménage le jour, elle mise sur des combats de béliers clandestins la nuit pour mettre de l'argent de côté. Un soir où elle a gagné gros, elle est violemment agressée. L'hôpital. Une cheville en miettes. Et le mutisme : elle ne parle plus.

Ses rêves de ballet s'envolent. Mais autour d'elle, d'autres femmes portent leurs propres blessures. Ensemble, elles inventent une chorégraphie née de la langue des signes. Leur langage clandestin à elles. Leur façon de continuer à exister.

Lyna Khoudri est magnétique dans ce rôle : elle dit tout avec son corps puisqu'elle ne peut plus parler. Et Mounia Meddour, déjà derrière Papicha, confirme qu'elle est l'une des voix les plus importantes du cinéma algérien contemporain. Deux films, la même actrice, la même obsession : les femmes algériennes qui refusent de disparaître.

On lui a volé sa voix et son rêve en même temps. Elle a trouvé un autre langage. Et ce langage, personne ne peut le lui prendre.

3. Barakat ! (2006), Djamila Sahraoui

Prix du meilleur scénario au FESPACO, meilleur film africain à Milan. Sélection Berlin.

Algérie, années 1990. Amel est médecin urgentiste. Elle rentre du travail, son mari journaliste a disparu. Les autorités s'en fichent. Alors elle prend sa voiture et elle part le chercher, accompagnée de Khadidja, une infirmière de soixante ans qui, dans sa jeunesse, a combattu pour l'indépendance.

Deux femmes. Deux générations. Une route de nuit dans un pays en guerre civile.

Ce film est peu connu, et c'est une injustice. C'est l'un des plus beaux portraits du duo féminin algérien : la jeune femme moderne et l'ancienne combattante se retrouvent, s'énervent, se découvrent. Ensemble, elles avancent là où personne ne voudrait aller. Réalisé par une femme, joué par Rachida Brakni, primé sur quatre continents. Et pourtant si peu montré.

Deux femmes partent à la recherche d'un homme disparu dans une Algérie en guerre. Ce qu'elles trouvent, c'est l'une l'autre.

4. Kindil el Bahr (2016), Damien Ounouri

Court-métrage de 40 minutes. Quinzaine des Réalisateurs, Cannes 2016. Prix spécial du jury au MedFilm Festival de Rome.

Nfissa est une jeune mère de famille. Elle va à la plage avec ses enfants. Elle s'éloigne un peu pour nager. Un groupe d'hommes l'encercle dans l'eau et la tue.

Puis quelque chose d'inattendu se passe. La mer ne la laisse pas partir. Elle revient, transformée. Et elle n'a pas pardonné.

Co-écrit par l'actrice algérienne Adila Bendimerad, ce film prend la violence faite aux femmes et la transforme en conte fantastique, en mythe, en vengeance poétique. C'est le film de genre féministe algérien qu'on n'attendait pas. Et il fait exactement ce qu'un film doit faire : dire la vérité en utilisant le mensonge du cinéma.

Elle est allée nager. Ils l'ont tuée. La mer l'a rendue. Et cette fois, c'est elle qui fait peur.

5. La Dernière Reine (2022), Adila Bendimerad & Damien Ounouri

Mostra de Venise, section Giornate degli Autori. Prix Yusr de la meilleure actrice au Festival Red Sea. FIFOG d'Or.

Alger, 1516. Le corsaire Aroudj Barberousse vient de prendre le pouvoir. La rumeur dit qu'il a tué le roi Salim Toumi, son propre allié. Son épouse, la reine Zaphira, refuse de plier. Elle complote, résiste, tient tête à un homme qui a des armées et n'a pas l'habitude qu'on lui dise non.

Ce film est un événement dans tous les sens du terme. C'est la première grande fresque historique algérienne centrée sur une femme, tournée entièrement en Algérie, dans de véritables palais et sites du XVIe siècle. C'est aussi le fruit de dix ans de travail d'Adila Bendimerad, qui co-réalise, produit et joue le rôle principal.

Le lien avec Kindil el Bahr n'est pas anodin : c'est le même duo, Bendimerad et Ounouri, qui passe du court fantastique à la fresque royale. Deux films, une seule obsession : les femmes algériennes qu'on a essayé d'effacer de l'histoire.

Une reine dont l'existence même a été contestée pendant des siècles. Ce film lui rend son nom, son visage, et sa rage.

6. Roquia (2023), Yanis Koussim

Long-métrage algérien. Porté par l'interprétation de Hanaa Mansour.

Le cinéma algérien contemporain prouve avec ce film qu'il n'a peur d'aucun sujet. Roquia explore la superstition, la foi, les secrets de famille : ces choses qu'on ne dit jamais tout à fait, qu'on tait autour des tables et qu'on murmure dans les couloirs.

C'est un film atmosphérique, sombre, envoûtant. Et il est porté par Hanaa Mansour, dont la présence à l'écran confirme qu'elle est l'un des visages les plus prometteurs de sa génération. Nuancée, magnétique, capable de tout dire sans presque rien dire.

Roquia, c'est la preuve que la jeune scène algérienne existe, qu'elle ose, et qu'elle a des choses à dire que les autres cinémas ne peuvent pas dire à sa place.

Ce film traite de ce qu'on ne dit pas dans les familles algériennes. Et justement pour ça, on ne peut pas s'en détacher.

Ce que ces six films ont en commun

Aucun n'a attendu la permission de raconter ce qu'il voulait raconter. Chacun, à sa façon, a regardé la femme algérienne en face : pas comme un symbole, pas comme un personnage secondaire, pas comme une victime qu'on plaint ou une héroïne qu'on admire de loin. Comme quelqu'un de réel, de complexe, de vivant.

Et il y a quelque chose de remarquable dans cette liste : quatre de ces six films ont été portés, co-écrits ou réalisés par des femmes. Djamila Sahraoui, Mounia Meddour deux fois, Adila Bendimerad. C'est ça, le cinéma qui dure.

Et vous, quel film algérien vous a fait pleurer, réfléchir, ou vous reconnaître ? Dites-le en commentaire. On lit tout.