De ce petit « sondage » sur la place de la femme dans la création artistique et culturelle et sa participation à la vie culturelle du pays, nous avons recueilli des réponses pétillantes, émouvantes, étonnantes.
La parution d'Arts & Lettres correspondant aujourd'hui au 8 mars, nous ne pouvions échapper à la Journée internationale de la femme. Ce n'est pas que nous aurions voulu le faire, cette célébration restant un des symboles forts du « destin » le plus présent à travers l'histoire humaine, par sa durée déjà, mais aussi celui qui a sans doute évolué le moins. Il n'est qu'à citer l'information publiée dans El Watan d'hier : 900 000 femmes algériennes victimes de violences en 2006 selon l'Institut national de la santé, organisme qu'on ne peut suspecter de militantisme féministe ! Il reste cependant que la manière dont le 8 mars est célébré a pris depuis longtemps le chemin de la monotonie, des événements ressassés, de la bonne conscience de 24 h et que sa seule manifestation d'importance est l'envahissement des rues et espaces publics par des légions de femmes qui leur donnent vie et beauté. Nous avions déjà envisagé de nous intéresser à la présence des femmes dans le champ artistique et littéraire, en tant que thème de création et d'écriture ainsi qu'en qualité de créatrices. La coïncidence des dates a rapproché le projet. Nous avons donc choisi la formule d'un petit « sondage » pour son côté participatif et vivant. Quelques hommes et femmes de la littérature, du cinéma, de la peinture,... ont bien voulu répondre aux deux questions que nous leur avons posées.1- Selon vous, dans l'histoire de l'art et de la littérature algériens, quelle est l'oeuvre où la représentation de la femme algérienne vous paraît la plus fidèle, la plus expressive et la plus belle ?
2- Pensez-vous que la participation de la femme algérienne à la production culturelle et à la vie artistique nationale est plus importante que dans les autres domaines d'activités (économie, administration, politique...) ? Certains ont critiqué de manière pertinente la formulation de ces questions et nous les en remercions. Leurs réserves nous permettent de rappeler les guillemets que nous mettons au mot « sondage ». Chacun a répondu de manière spontanée mais la totalité des réponses n'a aucune vocation statistique. Elles et ils ont répondu de manières diverses, selon leurs critères d'appréciation, leur émotion, leur sens du beau et du vrai, toutes choses infiniment subjectives qui font la grandeur même de l'art. Ils ont choisi leur oeuvres dans presque toutes les disciplines et les époques mais on peut noter dans cette diversité, l'attraction de la comète Nedjma de Kateb Yacine qui agit telle une icône à laquelle on peut même attacher des valeurs qui dépassent le personnage du roman. Nos « sondés » ont joué le jeu avec entrain et sérieux. Nous les en remercions. S'ils étaient plus nombreux, nous aurions pu sans doute évoquer d'autres oeuvre de l'art et du patrimoine algérien qui donnent aussi des représentations sensibles et belles, des femmes d'Algérie. De Hizya, élégie des amours ancestrales, à Keltoum, émouvante dans le film Le vent des Aurès de Lakhdar Hamina... au chant sublime de Ya oualfi Meryem interprété par Cheikh Mohamed El Ghaffour ou aux femmes qui peuplent les chansons de Cherif Kheddam, les toiles d'Issiakhem, les miniatures de Racim... La liste serait longue et, au final, ce ne sont pas tant les oeuvres que nos amis ont choisies qui nous intéressent, mais bel et bien les raisons et déraisons qui les ont poussés à ce choix. De même, leurs propos sur la place de la femme dans le champ artistique et culturel méritent une réflexion qui dépasse le débroussaillage que nous en avons fait aujourd'hui. Bon, après tout ça, notre révérence à toutes les femmes qui écrivent, peignent, chantent, sculptent, dansent, interprètent, éditent, méditent, diffusent, critiquent...
Mustapha Benfodil. Écrivain, journaliste
1- Je pense que parler d'une oeuvre qui « incarne » ou « représente » le « mieux » la femme algérienne, c'est d'emblée s'engouffrer dans une fausse piste. D'abord, parce qu'il n'y a pas « la » femme algérienne mais « des » femmes algériennes. J'ai même envie de dire « des femmes » tout court, tant mon aversion est grande pour les collectivismes de tout bord et les formules généralisantes et totalisantes. Oui. Des femmes. Des prénoms de femmes, chacune avec son vécu propre, ses rêves, ses blessures, bref, son univers. Certes, d'un point de vue sociologique, elles partagent beaucoup de choses. De ces choses qui constitueraient « la condition féminine ». Mais il me semble qu'une approche collectiviste nuit gravement à l'art et s'il est une « oeuvre » qui se pose comme un discours « de genre », comme un « boat people identitaire », ça serait déjà une oeuvre douteuse du point de vue esthétique. Aussi, préférais-je dire qu'il n'y a pas d'oeuvre emblématique, exemplaire ou « examplifiante », sinon pondéreuse et simplifiante. Que dans tout travail artistique, qu'il soit littéraire, cinématographique, plastique ou autre, nous sommes censés avoir d'abord affaire à des destins individuels. Des destins de femmes et d'hommes qui errent dans les méandres de leur petite personne à la manière de l'héroïne de Mes mauvaises pensées de Nina Bouraoui. 2- Je ne saurais dire, en termes statistiques, si la femme est plus présente ou moins présente dans le monde des lettres et des arts, comparativement à celui de la politique, du sport, du terrorisme ou des affaires. Certes, par intuition, il est aisé de déduire que les femmes artistes sont plus « visibles » parce que leurs créations le sont (Baya, Assia Djebar, Aïcha Haddad, Hafsa Zinaï Koudil, Maïssa Bey, Souad Massi, Djalila Hadjar Bali et sa formidable association Chrysalide...) Mais, après, qu'est-ce que cela peut bien signifier ? Pour moi, il y a une société d'hommes et de femmes contre une autre société d'hommes et de femmes. La première croit résolument à la liberté (des femmes, des artistes, des syndicalistes, des homosexuels), la seconde n'y croit pas. Voilà toute l'histoire.
Nacéra Saïdi.Libraire
1- J'ai vu dernièrement une exposition de l'artiste Nourredine Ferroukhi qui exposait avec Amar Bouras à la galerie Isma. Ils ont présenté leurs créations sur le thème des Mille et Une Nuits. Je connais très peu le travail de Ferroukhi, mais j'ai fait là une découverte. Sa représentation de la femme algérienne m'a particulièrement intéressée et touchée. Ses toiles sont pleines de couleurs, de vie, avec des poses lascives, une ambiance conviviale, presque festive. Pourtant, l'artiste arrive en même temps à exprimer la solitude de la femme algérienne. C'est ce que j'ai vu récemment de plus marquant sur la femme algérienne. Une solitude extrême en fait et c'est, je pense, le vécu d'une femme. Cet artiste a réussi à exprimer cela et même ce qu'il y a autour comme la complexité des rapports entre l'homme et la femme ou la complexité de l'existence en général. C'est parmi les oeuvres actuelles celle qui me semble le plus répondre à votre question. Quand je remonte plus loin, je pense à La répudiation de Rachid Boudjedra. C'est dans la littérature, toujours par rapport à la question de la femme, l'oeuvre qui m'a le plus marquée par sa violence, sa crudité, la description du poids de la tribu. C'est un roman qui m'avait remuée. 2- Que voulez-vous que je dise de la participation de la femme à la vie culturelle ? Elles sont quasi-absentes. J'ai comme le sentiment qu'on a régressé sur ce plan. Et je dis cela en comparant avec la présence massive des femmes en tant que consommatrices d'art et de culture. Je le vois bien ici, à l'Espace Noun, où, pour toutes les manifestations que nous organisons, que ce soit des lectures de textes, des présentations d'ouvrages, des expositions ou des petites conférences, les femmes sont majoritaires. Elles portent en elles une grande envie d'arts et de culture. Elles en redemandent même. Ce sont de grandes lectrices aussi. Et quand on voit cet engouement des femmes pour l'art et la littérature et qu'on le compare au nombre de femmes qui produisent de l'art et de la culture, on voit bien le déséquilibre qui règne dans ce domaine et la faiblesse de la participation des femmes algériennes, en tant que productrices artistiques ou culturelles. A côté, il y a une espèce de médiatisation de certaines femmes dans l'écriture ou d'autres disciplines et cette médiatisation est souvent faussée par une appréciation sexiste des oeuvres. Je veux dire que pour la littérature par exemple, on parlera d'écriture féminine ou d'écriture au féminin alors qu'en réalité, on doit apprécier une écriture par rapport à sa qualité et seulement par rapport à cela. Qu'importe normalement que ce soit un homme ou une femme qui crée une oeuvre, ce qui compte c'est comment cette oeuvre est créée et quel est son contenu, sa forme, sa beauté et son sens.
Sid Ali Mazif. Cinéaste
1- Comme dans mon travail, j'ai déjà esquissé plusieurs portraits de femmes : Leïla et Mériem dans Leïla et les autres, Houria, et dernièrement Nana Taous, je voudrais plutôt dire quelles sont les femmes qui m'ont inspiré dans ma création artistique et qui incarnent à mes yeux la femme algérienne. Dans le domaine littéraire, Nedjma de Kateb Yacine est le personnage le plus emblématique, le plus représentatif et le plus fulgurant dans la littérature algérienne contemporaine. Elle a cristallisé, à mon avis, la beauté et le mystère de la femme sublimée, inaccessible, et pourtant adulée. Dans le domaine audiovisuel, le personnage de la mère Lla Aïni dans l'Incendie de Mustapha Badie incarne celui de la femme courageuse combative, qui, malgré la précarité de sa situation et les souffrances de la guerre, a su garder toute sa dignité face à l'agressivité de la société coloniale. C'est une femme admirable représentant la mère que tous les Algériens souhaiteraient avoir. Dans le domaine musical, Taous Amrouche, par sa voix sublime et ses chants tirés du patrimoine culturel algérien, est celle qui m'a charmé et envoûté. Elle a chanté la vie et la grande solitude des femmes dans une société impitoyable. Enfin, dans le domaine de la peinture, Baya avec ses femmes-oiseaux et ses femmes-fleurs, ses couleurs flamboyantes, son univers féérique et magique a su me faire rêver et transporter dans un monde merveilleux et irréel certes, mais tellement beau qu'il permet à l'imagination de se libérer des contingences matérielles. La femme, c'est l'étoile inaccessible et pourtant proche, lumineuse la nuit et invisible le jour. C'est Nedjma, la femme éternelle... 2- Comment oublier ces jeunes femmes admirables, figures de la lutte nationale pour l'Indépendance que sont : Mériem Benmihoub, Zhor Zerari, Nassima Hablal, Boubacha, Bouattoura, Bouhired et tant d'autres connues ou anonymes qui ont fait le sacrifice de leur vie. Aujourd'hui, d'autres femmes reprennent le flambeau pour d'autres luttes, d'autres aspirations, Leïla Aslaoui. Louisa Hannoune sont des figures exemplaires de cette nouvelle génération de femmes. Les luttes futures porteront sur les droits économiques, l'accès à l'emploi rémunéré, le droit de disposer librement de sa personne, de son corps. La liste est encore longue des conquêtes à réaliser pour faire de la femme l'égale de l'homme, car chacun de nous a droit au respect. Il nous appartient, de par notre volonté et notre mobilisation, de concrétiser ces aspirations dans une Algérie où les citoyens - hommes et femmes - vivraient libres et égaux.
Beheidja Rahal. Chanteuse d'andalou
1- Il y a une oeuvre qui a particulièrement attiré mon attention de ce point de vue. Il s'agit d'un court métrage de fiction sorti en 2005 et réalisé par Fatma-Zohra Zamoum, La pelote de laine qui décrit l'univers d'une femme enfermée par son mari et qui, malgré cela, trouvera le moyen de communiquer avec l'extérieur. C'est un hommage à la femme algérienne réprimée qui continue à se battre. Ce n'est certes pas la plus belle image mais elle représente, malheureusement, l'image actuelle de milliers de femmes qui sont nos soeurs, nos voisines, nos cousines mais pour qui le statut de la femme n'a encore rien décidé. 2- La participation culturelle et artistique des femmes ne se distingue pas particulièrement par rapport au autres domaines. Aujourd'hui, la femme algérienne est juge, avocate, ministre, rectaice d'université, commissaire, chef d'entreprise... Sauf que pour le moment, nous sommes encore dans une société d'hommes et c'est pour cela que nous ne la retrouvons pas souvent à des postes très importants.
Akila Mouhoubi. Artiste plasticienne
1- Pour la littérature algérienne, je répondrai sans hésiter Nedjma de Kateb Yacine. Il y a quelque chose de grandiose dans cette ambigüité entre l'amour impossible d'une femme et un pays. Et quand je dis impossible, c'est dans le sens où l'on se retrouve devant une « chose » (le mot n'est pas adéquat, je sais) que l'on n'arrive pas à toucher, à saisir et même à décrire simplement et qu'on est amené donc à idéaliser. Mais ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que cet idéal insaisissable est aussi une réalité, car elle existe en nous, uniquement en nous mais en étant là, bien présent et ancré. D'ailleurs, il m'est très difficile de dépeindre en paroles ou par écrit ce que je veux exprimer à ce propos. Il y a aussi un film où je trouve les femmes très belles, c'est Viva Laldjerie de Nadir Moknache, belles dans toutes les situations que peuvent vivre les femmes algériennes actuellement. 2- Je pense que la participation de la femme algérienne à la production culturelle et à la vie artistique nationale se situe au même niveau qu'en politique, c'est-à-dire inexistante ou insignifiante. C'est d'autant plus préoccupant que je trouve que la production culturelle et la vie artistique nationale en général sont loin d'être importantes. Alors, la femme dans notre culture et les arts me paraît comme pas grand-chose dans un secteur qui lui-même n'est pas grand-chose. C'est triste, mais c'est ainsi.
Sabiha Abdiche. responsable de la communication
1- Il m'est difficile de répondre à cette question, n'ayant pas assez baigné dans la culture algérienne. Je ne pourrais et ne voudrais pas être précise sur un nom ou une oeuvre, même si j'en connais quelques-unes de nom et de renom. Mais je peux dire que, pour moi, l'Algérienne est d'un courage exemplaire, c'est une battante dans tous les sens du terme, et rien que pour cela, je suis sûre qu'il existe une palette infinie de couleurs d'artistes pour la représenter sous l'angle le plus beau.
2- Il n'y a pas lieu de se poser la question, puisque tout est culture à mes yeux, et celui qui ne l'a pas compris a perdu le savoir, la création, l'innovation, le goût et surtout l'identité, dans tout ce qu'il entreprend... La femme c'est la base de la vie à tous points de vue. Dans « l'art de savoir », « l'art d'être », « l'art de créer », il y a de la culture, elle est présente à toutes les échelles de la vie, dans toutes les sphères et dans tous les domaines. Rien ne se dissocie, tout devrait s'harmoniser. « L'équilibre est un art difficile ».
Hachemi Mokrane.Plasticien-calligraphe
1- Pour moi, il y a deux oeuvres où la représentation de la femme algérienne me paraît, comme vous le dites, la plus expressive, la plus fidèle et la plus belle. Ce sont incontestablement Nedjma de Kateb Yacine, dans la littérature, et Yaoum el djemmaâ khardjou el ryem (Les gazelles sont sorties le vendredi), cette belle chanson de l'histoire de notre patrimoine musical, interprétée par le maître El Hadj M'hamed El Anka. Nedjma, symbole de l'Algérie, reste la représentation la plus originale et la plus forte de la femme au plan littéraire et je conseille vivement à ceux qui veulent vraiment découvrir cet aspect, de lire le chapitre L'écriture du désir dans l'ouvrage que Ismaïl Abdoun consacre à ce personnage dans son livre intitulé Lectures de Kateb Yacine édité par Casbah Editions. Dans la chanson de El Hadj M'hamed El Anka, (ndlr : le texte est du poète Embarek Essoussi), il dit la beauté de la femme avec une expression très présente du désir, même quand cette dernière est voilée et qu'il ne reste de visible que ses yeux. Ces yeux sont même comparés aux arcades de La Mecque alors que la part du désir ardent est socialement incompatible avec le sacré. Ce qui pourrait nous renvoyer vers les écrits d'Ibn Arabi qui a réussi merveilleusement à associer la beauté à Dieu. Aussi bien chez Kateb Yacine que chez El Anka, le désir est présent. Il est là dans une tragédie en restant par ailleurs très fidèle aux valeurs anthropologiques et sociales.
2- La participation de la femme algérienne à la production culturelle et à la vie artistique nationale est loin d'être aussi importante que dans les domaines économiques ou autres. Elle représente une part non négligeable dans la vie artistique qui reste elle-même très faible par rapport aux autres domaines. Dans la gestion culturelle, elle est très efficace mais représente une part très faible dans l'ensemble. Si vous permettez, j'aimerais citer ici, en tant qu'exemples féminins encourageants, sinon uniques dans le secteur privé culturel, deux personnes dont j'ai pu suivre le travail et l'évolution. La première est une jeune fille, diplômée en recherche opérationnelle à l'USTHB de Bab Ezzouar, Melle Amina Allik qui dirige à elle seule la revue culturelle et artistique D-FULL, magazine d'un contenu et d'un niveau respectables destiné surtout aux jeunes et qui représente à ma connaissance un exemple unique dans le pays. La deuxième, c'est Karima Bouguerrara, une jeune Algérienne très dynamique qui a choisi de se lancer dans l'organisation des concerts de musique. C'est à elle que revient le mérite d'avoir permis aux Algérois et à d'autres publics du pays de découvrir des groupes de musique de l'Extrême Sud algérien.
Zohra Hachid-Sellal. Artiste-peintre
1- Pour l'oeuvre littéraire la plus fidèle et la plus simplement écrite, mon choix se porte sur Histoire de ma vie de Fadhma Aït Mansour Amrouche. Une vie simple faite de travaux de tous les jours, de naissances, de morts, de faim, de misère, de moeurs cruelles et qui finit dans l'exil, la pire des choses qui puisse arriver à une femme. Lorsque j'entends la voix de sa fille Taous, j'ai la chair de poule. Ses chants évoquent l'histoire de nos mères et, malheureusement bien souvent encore, la nôtre. C'est une histoire que l'on ne trouve pas dans les manuels scolaires au risque d'occulter un grand pan du vécu de notre peuple des montagnes, des Aurès... J'aimerais aussi citer ici une oeuvre, et pas n'importe laquelle, où je trouve également une image forte et belle de la femme. C'est La Montagne de Baya de Azzedine Meddour. Il est parti trop tôt. Dommage pour le cinéma algérien et pour nous.
2- La participation de la femme à la production est plus culturelle qu'artistique si on excepte bien sûr l'artisanat, l'art culinaire et la couture. Quant à sa participation à la vie politique, administrative et économique, elle est presque inexistante. Si les femmes n'ont pas contribué à la littérature et aux arts de ce monde, nul doute qu'elles sont trop occupées à défaire les noeuds qui se reforment aussitôt. Où trouveraient-elles le temps de méditer sur elles-mêmes ?
Maïssa Bey. écrivaine
1- Oui, elles étaient belles. Authentiques. Sans tabous. Elles avaient le regard vif, droit et encore confiant. De cette confiance teintée d'une pureté qui résonnait et vibrait dans leurs voix comme une évidence. elles disaient sans détours leurs espoirs, leurs combats, leurs convictions. Elles voulaient tout, tout de suite, à l'image d'Antigone. Et parce qu'elles le disaient, parce qu'elles y croyaient, tout était possible. Des espoirs à fleur de lèvres et des rêves plein la tête, elles étaient les filles de la révolution de Novembre. Elles avaient 16 ans, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins, et elles tressaient de leurs mots un avenir plus radieux que ciel de printemps. C'était le temps où les rires de ces jeunes filles en fleurs prénommées Souad, Farida, Hassina, Badra - et j'en oublie bien d'autres - faisaient naître dans les rues d'Alger, d'Oran et d'ailleurs un bonheur plus tendre et plus lumineux que tous les matins du monde. Et le regard d'Ahmed Lallem, le cinéaste qui avait su capter, avec une discrétion exemplaire, la vie qui jaillissait de ces paroles de femmes, reste pour moi, aujourd'hui encore, l'hommage le plus émouvant qu'un homme ait pu rendre à nos soeurs en espérance. (Elles, film d'Ahmed Lallem, 1966).
2- Il faudrait pour répondre objectivement à cette question citer des noms. Aligner des chiffres, des statistiques. Tout ce qui justement ne sied pas avec le jaillissement de la création. Ce que compte l'Algérie d'aujourd'hui comme écrivaines, poétesses, plasticiennes, peintres, sculptrices, cinéastes, musiciennes, chanteuses, comédiennes, danseuses, chorégraphes, metteuses en scène, conteuses - et complétez si j'en oublie - ne constitue qu'une part de la richesse de ce pays. La vraie richesse, celle qui ne s'évalue qu'en termes de beauté, de partage et d'amour. Mais peu importe le nombre, pourvu qu'on ait la lumière ! C'est à ces femmes et aux autres, que je voudrais dédier aujourd'hui ces phrases écrites au coeur d'une nuit de ténèbres profondes, en mars 1997 : « Je voudrais dire le courage des femmes de mon pays, femmes dressées contre l'intolérance, femmes par qui la vie continue, femmes qui comme Pénélope défont inlassablement les rets de la peur de leurs doigts agiles et tissent d'autres lendemains, femmes obstinées portant en elles la flamme d'un espoir profondément entaillé mais jamais, non jamais tari, femmes meurtries mais debout, solidaires, sans le savoir parfois, pour détourner le cours d'une histoire que l'on voudrait écrire sans elles ».
Malika Belgacem. Journaliste
1- A mon avis, l'oeuvre qui répond le plus à votre question, c'est Nedjma de Kateb Yacine. C'est l'Algérie et c'est aussi la femme. Ce roman évoque une image de la femme algérienne qui permet de se référer aux symboles de courage et d'abnégation de son histoire. C'est une histoire d'amour, un amour fou et impossible qui est d'ailleurs platonique... C'est la meilleure représentation à mon sens.
2- Pour la participation de la femme dans la production culturelle, le plus important ce n'est pas la quantité mais plutôt la qualité. Je crois que la production qualitative y est, bien que cela ne soit pas toujours mis en valeur. Sinon, la femme est, de nature, créative, innovatrice et avant-gardiste.
Youcef Saiah. Animateur de radio et TV
1- Ma première réponse peut vous paraître, de prime abord, étrange, voire incongrue. Tant pis. La représentation de la femme algérienne qui m'émeut le plus se trouve peinte sur les parois d'une grotte, plus précisément dans les grottes du Tassili. Ces fresques rupestres, d'une finesse exquise, d'un brun ocré, magnifient la femme au-delà de l'onirisme le plus fou. Une gracile silhouette de femme allaitant son enfant. Nourriture-savoir à une époque d'oralité. Transmission féminine. En fait, l'aube de la littérature universelle. L'art d'écrire dans le ventre de la terre, ensemençant ainsi les graines des lumières futures. Au néolithique !
2- La réponse à votre question sur la participation de la femme à la vie culturelle et artistique tient malheureuse'man (man) en trois lettres déclinables depuis bien... bien trop longtemps : Non, non, non, non...
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