Derrière la caméra de Djaffar Gacem, il y a la plume de sa sœur Mira Gacem Babaci. Portrait d'une autrice remarquable dont six ans de passion ont donné naissance à la série événement de ce Ramadan.


Derrière les décors somptueux et la réalisation de Djaffar Gacem, il y a la plume, la recherche et l'obsession de six années d'une femme remarquable : sa sœur, Mira Gacem Babaci. Portrait.

Son nom n'apparaît pas dans les génériques que l'on regarde distraitement entre deux gorgées de chorba. Pourtant, sans Mira Gacem Babaci, Fatma n'existerait tout simplement pas. C'est elle qui a écrit le scénario, porté l'histoire, mené les recherches. Six ans de sa vie. Sa première expérience d'autrice. Et un succès qui dépasse toutes ses espérances.

Il est temps de lui rendre justice.

Tout a commencé avec une histoire de famille

L'histoire de Fatma, Mira Gacem Babaci ne l'a pas inventée de toutes pièces. Elle l'a reçue, comme un héritage oral. Dans un entretien au Soir d'Algérie signé Sarah Haidar, elle raconte :

« Mon beau-père m'a souvent parlé de l'histoire de Fatma El Maâkra, qu'il adorait. Mais cela restait un simple projet jusqu'à ce que j'envisage de la reprendre. D'autant que je gérais déjà le site Babzman dédié à l'histoire. Je n'étais pas certaine d'être capable parce qu'il y a une différence entre l'écriture d'articles courts et documentés et la création d'un texte littéraire ou d'un scénario. Mais je me suis décidée à le faire. »
— Mira Gacem Babaci, Le Soir d'Algérie, mars 2026

Ce beau-père, Belkacem Babaci, avait transmis à Mira l'amour de cette figure de la Casbah. Sa mort ne mettra pas fin au projet : elle l'accélèrera. Fatma devient un hommage, une promesse tenue.

Babzman.com : la base de données secrète de Fatma

Avant la série, avant le scénario, il y a Babzman.com. Un site fondé par Mira Gacem Babaci, dédié à l'histoire et au patrimoine algérien — méconnu du grand public mais référence absolue pour qui s'intéresse à l'Algérie d'avant. Ce sont des années de recherches archivées sur ce site qui ont nourri chaque scène, chaque dialogue, chaque personnage de la série.

Quand Mira parle de « travail de recherche approfondi », ce n'est pas une formule. C'est une réalité documentée publiquement, construite bien avant que Fatma ne devienne une série télévisée.

Son frère l'a encouragée

La décision de transformer cette histoire en série, c'est Djaffar Gacem qui l'a soufflée à sa sœur. Un encouragement fraternel qui allait changer la trajectoire des deux. Car Mira n'était pas scénariste. Elle était autrice, chercheuse, blogueuse patrimoniale. Passer à l'écriture d'un scénario de 23 épisodes, c'était un saut dans le vide.

Elle l'a fait quand même. Et elle publie sur sa page Facebook, avec une émotion qui touche :

« Tellement heureuse de présenter ce travail, fruit d'un dur labeur de toute une équipe, famille… Fatma existe dans ma vie depuis 2018, elle constitue ma première expérience dans le scénario et en tant qu'auteure. Fatma, c'est un rêve fou qui se réalise et je suis si fière aujourd'hui de le voir se matérialiser. »

Le vrai défi : intégrer les femmes dans la fiction historique

Dans son entretien au Soir d'Algérie, Sarah Haidar pose à Mira une question percutante sur la place des femmes dans la fiction historique algérienne. La réponse est éclairante.

L'audiovisuel algérien a tendance à traiter les femmes dans l'histoire comme des figures secondaires : épouses, mères, victimes. Mira a choisi de les mettre au centre, non pas comme un manifeste féministe affiché, mais comme une restitution de la réalité : les femmes de la Casbah du XIXe siècle étaient des actrices de leur époque, pas des spectatrices. La maâlma Yamna bent El Hadj El Mahdi (la seule femme reconnue musicienne de cette époque) en est la preuve historique que Mira utilise pour nourrir le parcours de son héroïne.

Une équipe de co-auteurs pour aller plus loin

Mira Gacem Babaci n'a pas travaillé seule. Elle a collaboré avec plusieurs co-auteurs qui ont chacun apporté leur pierre :

  • Salah-Eddine Chihani à l'origine du personnage d'Ali, inspiré d'Abdelkader Ben Zelouf
  • Fazi Bouaouni, co-auteure qui a introduit le personnage d'Alexandre, le musicographe russe
  • Mohamed Cherchel dont les dialogues ciselés ont été salués par la critique
  • Rym Maiz, chercheuse qui a travaillé aux côtés de Mira sur la documentation historique

Ce travail collectif et rigoureux est aussi à l'origine de l'émission Soura wa Hikaya, diffusée chaque soir du Ramadan en parallèle de la série, pour décrypter les faits historiques qui ont inspiré chaque épisode.

Saison 2 : elle n'écarte pas l'idée

Mira le dit avec précaution mais sans fermer la porte : une saison 2 est envisagée. Elle précise :

« C'est un projet qui prend du temps, notamment dans le contexte de l'audiovisuel algérien marqué par un manque de moyens et d'organisation. C'est un travail titanesque et l'exigence de qualité nécessite du temps. »

En attendant, elle travaille à faire connaître davantage Babzman.com et continue de publier sur l'histoire algérienne avec la même passion qui a donné naissance à Fatma.

Conclusion : Le rendez-vous de la mémoire

Au-delà du succès d'audience, l'œuvre de Mira Gacem Babaci et de son équipe de co-auteurs a réussi un véritable tour de force : réconcilier le grand public avec la précision du récit historique. En attendant une éventuelle confirmation pour cette deuxième saison tant espérée, une chose est certaine : le sillage laissé par cette collaboration restera une référence de qualité dans le paysage audiovisuel national.

Si une suite voit le jour, nous ne doutons pas que Mira déploiera la même rigueur et la même passion pour explorer davantage les secrets que recèle encore la Casbah d'Alger. Car entre ses murs de chaux et ses ruelles millénaires, l'histoire ne demande qu'à être racontée avec le respect et l'exigence qu'elle mérite. Un rendez-vous que Dzirielle suivra, comme toujours, avec la plus grande attention.