Près de Guelma, dans l’est de l’Algérie, Hammam Debagh compte parmi les sites thermaux les plus étonnants du pays. Son eau jaillit à 97 °C, une température qui en fait, dit-on souvent, la deuxième source la plus chaude du monde après les geysers d’Islande. Chargée en calcaire, elle a formé au fil des siècles une spectaculaire cascade pétrifiée, aux teintes blanches et ocre, constamment enveloppée de vapeur.
L’histoire du lieu remonte bien avant les Romains. Les sources étaient déjà fréquentées à l’époque numide, comme en témoignent des stèles portant des inscriptions néo-puniques, aujourd’hui conservées au musée de Guelma. Les Romains y aménagèrent ensuite des thermes et baptisèrent le site Aquae Thibilitanae, « les eaux de Thibilis », du nom de la ville antique voisine, dont les ruines subsistent à Announa. Déjà, on y venait pour les vertus curatives de l’eau.
Son nom a lui aussi une histoire. À l’origine, on l’appelait Hammam El Mesk we Tin : « mesk », le parfum, en référence à l’odeur soufrée qui se dégage de l’eau, et « tin », l’argile dont les baigneurs s’enduisaient le corps pendant le bain. C’est durant la colonisation française que le nom aurait glissé vers Meskhoutine, compris comme « le bain des damnés », et qu’on lui aurait associé une légende : un seigneur qui voulait épouser sa propre sœur aurait été pétrifié avec tous les invités de la noce, les cônes calcaires du site représentant les convives figés pour l’éternité.
Aujourd’hui rebaptisé Hammam Debagh, le site attire toujours des curistes venus soigner rhumatismes, douleurs articulaires et maladies de peau, perpétuant une tradition de soins vieille de plus de deux mille ans. Entre géologie, archéologie et légende, c’est l’un des trésors les plus singuliers de l’Algérie.
Info de Linda Bougherara