Chaque saison de Haute Couture semble porter en elle le même refrain amer pour le patrimoine algérien. Alors que les projecteurs se braquent sur les podiums parisiens, une silhouette familière émerge dans la collection 2026 de Zuhair Murad. Pour l'œil averti, il ne s'agit pas d'une simple création originale, mais d'une interprétation directe du Karakou algérois.
"L'inspiration est un hommage lorsqu'elle est citée ; elle devient une spoliation lorsqu'elle est passée sous silence."
Le Miroir des Créations : Entre Transmission et Spoliation
Le Karakou algérois n'est pas une simple pièce de vestiaire ; c'est un manifeste identitaire, une architecture de velours qui porte sur ses épaules des siècles d'histoire méditerranéenne. En comparant la pièce de Zuhair Murad issue de sa dernière collection couture 2026 aux archives de Eddine Belmahdi (2018), le décalage éthique devient flagrant. Là où Belmahdi opère une chirurgie de précision pour moderniser la silhouette sans en trahir l'âme, la version libanaise semble n'en retenir que l'esthétique de surface.
La charge patrimoniale du Karakou réside dans l'indicible : la coupe "cintrée à la perfection" qui sculpte le buste et le travail titanesque de la broderie. Qu'il s'agisse de la Fetla ou du Majboud, chaque fil d'or couché sur le velours de soie raconte un savoir-faire transmis de mère en fille au cœur de la Casbah. C'est cette densité historique que Murad occulte.
"Réduire le Karakou à une 'inspiration méditerranéenne' sans nommer l'Algérie, c'est tenter d'arracher une page entière du grand livre de l'élégance algérienne."
En 2018, Eddine Belmahdi rendait hommage à cette identité avec une rigueur d'historien. En 2026, la maison Murad semble vouloir effacer l'étiquette d'origine pour transformer un héritage national en un simple produit de luxe globalisé. Ce n'est plus de la création, c'est une invisibilisation méthodique.
Le Silence des Commentaires, le Bruit des Drapeaux
Le malaise est tel que la maison de couture a pris la décision radicale de désactiver les commentaires sur le post Instagram de cette pièce précise. Une tentative vaine d'étouffer la gronde. Sur le reste du compte, une avalanche de drapeaux algériens témoigne d'une communauté qui refuse désormais qu'on lui dérobe son histoire sans la nommer.
L'Algérie, forte de son artisanat millénaire, n'est pas une simple source de "moodboard" pour les géants de la mode. Elle est une identité vivante. Prétendre créer une silhouette "néo-antique" ou "méditerranéenne" pour éviter de prononcer le mot Algérie est une forme d'effacement culturel que le public ne tolère plus.
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