L’image est devenue instantanément iconique : IShowSpeed, le phénomène planétaire du streaming, fendant la foule des rues d'Alger drapé dans une Kachabia au magnétisme brut. Derrière cette pièce sculpturale qui a enflammé les réseaux sociaux, se cache le regard d'un créateur dont le nom résonne désormais bien au-delà de nos frontières : Fares Benabdeslam. Plus qu'un vêtement, cette tenue est un manifeste, une œuvre de mémoire où un véritable tapis berbère, chiné sur un marché, a été métamorphosé en une armure de style urbain.
De l'Étoffe au Récit : La Naissance d'un Visionnaire
Finaliste de Project Runway El Djazair en 2023, Fares Benabdeslam n'est pas un nouveau venu sur la scène de la mode. Issu d'une famille où le textile est une langue maternelle, il a grandi au milieu des draperies et des textures. C’est dans cet environnement qu’est née sa fascination pour la matière brute et sa capacité rare à transformer l'ordinaire en extraordinaire. Chez lui, le vêtement n'est jamais un simple habit ; c'est un récit vivant.
Son univers se déploie dans un équilibre subtil entre la rigueur du geste couture et l’insolence du streetwear. Fares réinvente l'habit traditionnel en coupes oversize, fait dialoguer la dentelle avec le denim brut et réhabilite des matières dites « modestes » hors de leur contexte d’origine. Qu'il sculpte une robe dans une peau de mouton ou avec un Keffieh Palestinien ou qu'il redonne vie à des étoffes oubliées, son approche expérimentale confère à son travail une identité visuelle immédiate et souveraine.
L'émotion était palpable il y a quelques jours lorsque le styliste a pris la parole en vidéo. Visiblement bouleversé et surpris par l'ampleur du buzz, il a exprimé sa gratitude de voir son travail porté par l'une des personnalités les plus influentes au monde. Voir la matière de nos montagnes ainsi propulsée dans le virtuel est une victoire éclatante pour la création algérienne contemporaine.
Le Nouveau Luxe : La Noblesse de la Matière Brute
« J’aime partir d’une matière brute pour en révéler la noblesse », confie-t-il sur le média Dzdia. Cette philosophie définit le nouveau luxe. Ce n'est plus seulement une question de logo, mais de traçabilité émotionnelle. La rencontre entre le "néant" numérique et la densité physique du tapis berbère prouve que l'artisanat patient est le seul capable de traverser les écrans avec une telle force. Avec Fares Benabdeslam, la mode algérienne ne se contente plus de suivre les tendances : elle les dicte, un tapis à la fois.
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