Il y a des textes qui dorment dans nos tiroirs et qui, un jour, s'imposent à nous comme une évidence. Cette chronique, trouvée au détour de mes notes, s'écarte de nos sujets habituels pour explorer un thème universel : la résilience. Une parenthèse littéraire sur le pouvoir des secondes chances.
On dit que l’amour est aveugle, mais personne ne vous dit qu’il peut aussi vous rendre orpheline de vous-même. À 25 ans, j’étais une ombre. Une belle ombre, certes, vêtue de tissus coûteux dans un appartement trop grand, trop propre, trop froid. J'avais tout donné. Mon ambition ? Sacrifiée sur l'autel de son entreprise. Mes rêves ? Enterrés sous ses succès à lui. J’étais devenue l’architecte de sa réussite, la gardienne de son confort. Je l’aimais avec une loyauté presque effrayante, une loyauté qui m'a poussée jusqu’à l’oubli.
Et puis, le silence a volé en éclats.
Le choc n’a pas été le craquement d'une porte, mais celui de mon âme. Les trouver ensemble, dans ce lit qui était mon sanctuaire, c’était comme recevoir une balle en plein cœur sans mourir tout de suite. Ma sœur. Mon sang. Le rire qu’elle a laissé échapper, ce venin étouffé, m’a fait plus de mal que l’infidélité de mon mari. Sa voix mielleuse, son triomphe silencieux... Et lui, ma « moitié », qui la consolait elle, pendant que je me vidais de ma substance.
J’ai hurlé une douleur que les mots ne savent pas porter. J'ai couru pour fuir l'odeur de la trahison, pour fuir ce visage d'homme que je ne reconnaissais plus. J'ai couru jusqu'à ce que la route m'arrête. Un choc net. Un éclair de métal, une douleur fulgurante, puis le noir. Le noir absolu.
Mais le destin a eu un hoquet.
Quand j'ai rouvert les yeux, l'odeur n'était plus celle du bitume chaud, mais celle de mon adolescence. Une odeur de lessive et de nostalgie. Au mur, le poster de Hasni me fixait. Mon vieux Nokia, relique d'un autre temps, vibrait sur les draps. J'avais 18 ans. Mes mains étaient lisses, mon cœur était entier, et surtout, mes erreurs n'avaient pas encore été commises.
La rancœur qui brûlait mes veines quelques secondes plus tôt s'est transformée en une détermination glacée. Ce n'est pas seulement de l'espoir, c'est une arme de précision que je sens vibrer sous ma peau. Dieu m'a offert un "second round", un privilège inouï dont je compte exploiter chaque seconde. Je regarde mes mains d'adolescente : elles sont encore pures, mais mon esprit, lui, est chargé de dix ans d'une guerre que je n'ai pas encore officiellement déclarée.
Cette fois, le scénario change. Je ne serai plus l'architecte invisible de sa réussite, celle qui s'efface pour qu'il brille. Je ne bâtirai plus les empires des autres sur les cendres de mes propres rêves. Cette fois, je ne laisserai pas le venin entrer sous mon toit, ni dans mon lit, ni dans mon cœur. Chaque sourire de ma sœur, chaque promesse de celui qui fut mon mari, je les passerai au crible de ma mémoire future. Je vais ériger des remparts de fer là où j'avais laissé des portes ouvertes. Ma loyauté n'est plus à vendre, elle est désormais réservée à la seule personne qui ne m'a jamais trahie : moi-même. L'heure de la reconstruction a sonné, et cette fois, les fondations seront de granit.
Je connais déjà les masques. Je connais déjà la fin.
Je suis celle qui a traversé l’abîme et qui en revient avec la carte précise du labyrinthe. J’ai compté chaque trahison, mémorisé chaque impasse, et je porte en moi le plan de mon évasion. Mon cœur n’est plus un sanctuaire ouvert aux vents, mais une forteresse de cristal noir. Croyez-moi, cette fois-ci, le rideau ne tombera pas sur le sel des larmes, mais sur l’éclat d’un incendie. Je vais consumer mes vieux démons pour éclairer ma route. Ma douleur est devenue ma boussole, et ma renaissance sera votre plus beau vertige. Je marche enfin vers ma propre lumière.
Wesh la miff, le stylo est entre mes mains.
Et je vais tout réécrire.
Le mot de Dzirielle
Au-delà de la fiction, ce récit nous interroge toutes : si nous pouvions revenir en arrière, aurions-nous le courage de briser nos propres chaînes plus tôt ? Parfois, il faut que tout s'effondre pour que l'on accepte enfin de devenir notre propre priorité. Ne laissons pas nos ambitions s'éteindre dans l'ombre de quelqu'un d'autre. La vraie revanche n'est pas de punir le passé, mais de briller si fort que l'obscurité ne puisse plus nous atteindre.
Et vous, mes lectrices ? Si demain, vous vous réveilliez à l'aube de vos 18 ans avec la sagesse que vous avez aujourd'hui... Quelle décision prendriez-vous différemment ? Quel "non" oseriez-vous enfin prononcer ? Quel rêve iriez-vous déterrer ?
Partagez votre "second round" avec nous en commentaire. Vos histoires sont nos forces.
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