Il y a vingt ans, dans les mariages algériens, nous vivions sous un régime vestimentaire que les moins de vingt ans ne peuvent même pas imaginer. À l’époque, j'avais la fraîcheur de mes deux décennies et une envie dévorante de plonger dans les trésors de velours et de soie de ma mère. Qu'il s'agisse de la majesté d'un Karakou, du raffinement d'une Blousa ou de l'éclat d'un Caftan, tout mon héritage était mis sous clé. J'étais condamnée au satin léger et aux paillettes de "jeune fille", regardant avec une envie royale les broderies d'or de mes tantes. Mais cette frustration n'était pas un simple caprice de mode ; c'était une question de survie sociale. Voici pourquoi.
La règle était tacite mais féroce. Pour nous, les jeunes filles, c’était la robe de soirée occidentale, les paillettes et parfois le tulle un peu douteux. Porter un Karakou ou un Caftan avant d'avoir la bague au doigt ? C’était presque un sacrilège, ou pire, une erreur stratégique monumentale.
Le « Radar à Belle-fille » des mamans
Pourquoi ce boycott du patrimoine ? Tout simplement parce que nos vêtements servaient de système de signalisation. Dans le brouhaha de la fête, entre deux youyous, les mamans étaient en mission « chasse aux trésors » pour leurs fils. Et le code était d'une précision chirurgicale :
- La femme en Caftan/Karakou : C'était le panneau « Propriété privée ». Pour les mamans chercheuses, la dame était mariée, casée, classée. On circulait, il n'y avait rien à voir.
- La jeune fille en robe de soirée : C'était le phare dans la nuit. Le signal lumineux qui criait : « Cœur à prendre ! ».
Porter une tenue traditionnelle à 20 ans, c’était le sabotage suprême. Les mamans passaient devant vous sans même vous calculer, persuadées que vous faisiez déjà partie du club très fermé des épouses. En gros, enfiler un karakou avant le mariage, c'était l'équivalent de se mettre hors-jeu tout seule avant le début du match.
La fin du monopole du velours
Aujourd'hui, quand je vois les jeunes filles fouler les pistes de danse en Karakou-light ou en caftan, je ne peux m'empêcher de sourire. Le « Radar à Belle-fille » est officiellement en panne ! Les designers ont libéré nos placards et brisé le monopole des mariées.
Désormais, les mamans sont obligées de mener l'enquête au buffet et de poser la question fatidique : « Elle est mariée, la gazelle en vert émeraude ? ». La revanche de l'élégance a sonné : on peut enfin honorer nos ancêtres sans attendre que Monsieur se décide à demander notre main.
Par une ancienne « incognito » de la robe à paillettes.
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