S'il est souvent associé à la prestance masculine, le burnous au féminin est une réalité séculaire profondément ancrée dans les traditions algériennes, notamment dans la région kabyle, où il demeure le gardien de la pudeur et de la noblesse de la mariée. Dzirielle vous raconte le retour en force de cette pièce iconique dans le dressing de la femme algérienne moderne.

Une Origine Antique : Le Sang de la Numidie

Le burnous n'est pas une simple pièce de mode ; c'est un vestige vivant. Son origine se rattache à la Numidie antique : des chercheurs ont rapproché sa silhouette ,grande cape à capuche, de gravures rupestres découvertes près de Sigus, au sud de Constantine, où l’on distingue des personnages enveloppés dans un manteau ample. Dans les sources de l’Antiquité, on le retrouve même sous l’expression byruss Numidicus, littéralement le « manteau à capuche numide », comme si le vêtement portait déjà, dans son nom, une carte d’identité. À l’origine, il est le compagnon des cavaliers et des chefs de tribus : un abri contre le froid sec des hauts plateaux, une protection contre le vent, parfois un drap improvisé lors des haltes. Mais au fil des siècles, ce manteau de route s’est chargé d’un autre pouvoir : celui de l’honneur. On rapporte qu’à l’époque romaine puis byzantine, offrir un vêtement de ce type à un chef pouvait sceller une alliance et signifier l’amitié. Plus tard, le geste se ritualise : dans la Régence d’Alger, les deys procédaient à des investitures en remettant un « burnous d’honneur » à certains cheikhs, signe visible d’une autorité confiée. L’anecdote diplomatique a même traversé les frontières : un récit mentionne qu’au Xe siècle, le calife omeyyade al-Hakam II envoya à Ordono IV, roi de León, un burnous broché d’or, somptueux présent de prestige. Aujourd’hui encore, le burnous garde cette aura : ressorti pour les mariages et les grandes fêtes, il se porte comme un pont entre le quotidien et le cérémonial. On se souvient du geste du père couvrant sa fille de son burnous blanc lors du départ vers sa nouvelle demeure, une image forte gravée dans l'inconscient collectif comme l'ultime rempart de la dignité familiale. En revendiquant cet héritage numide, il affirme une identité qui précède les influences cosmopolites de la Méditerranée : une dignité portée, littéralement, à même l’histoire.

L’engouement de l’impératrice Sissi pour le burnous

L'histoire du burnous algérien s'écrit aussi dans les hautes sphères de l'aristocratie européenne, portée par l'admiration de l'impératrice Élisabeth d’Autriche, la célèbre Sissi. Lors de ses séjours hivernaux à Alger en 1894, la souveraine succombe au prestige de ce vêtement emblématique. Séduite par la noblesse des artisans de Tlemcen, elle adopte le burnous pour sa grâce impériale et la finesse de son drapé. Aujourd'hui, ces pièces magistrales, conservées au palais de la Hofburg à Vienne, ne sont pas de simples reliques : elles témoignent du rayonnement universel d'un patrimoine algérien capable de sublimer les plus grandes icônes de l'élégance mondiale.

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Sissi l'impératrice en burnous : quand l'élégance algérienne conquis les cours d'Europe

Le Sacre de la Mariée : La Pureté du Blanc

Dans la tradition algérienne, le burnous est le gardien des moments sacrés. La version féminine se distingue particulièrement lors des mariages. Ce burnous blanc, souvent confectionné dans une laine de haute qualité ou un satin lourd, est finement brodé de motifs traditionnels au fil de soie. Il enveloppe la mariée d'une aura de mystère et de dignité lorsqu'elle quitte le cocon familial, symbolisant à la fois la protection et la transition vers une nouvelle vie.

"Le barnous blanc de la mariée est une pièce d'orfèvrerie textile. Chaque broderie raconte une histoire, chaque point de fil d'or est une bénédiction."

La Renaissance : Au-delà du Mariage

Ces dernières années, une tendance forte se dessine : le burnous s'émancipe des cérémonies nuptiales. On le retrouve désormais sur les tapis rouges et lors d'événements prestigieux. Souvenez-vous la tenue de Zahra Harkat lors de l'ouverture du festival du film de Annaba. Les créateurs contemporains revisitent cette cape iconique en utilisant des velours profonds, des capes brodées de façon asymétrique ou des versions plus légères jouant avec la transparence pour les soirées mondaines.

Porter le burnous aujourd'hui, c'est choisir une élégance décomplexée qui refuse de sacrifier l'histoire sur l'autel de la modernité. C'est transformer une armure numide en une parure de haute couture.