Filter
×


DE DZIRIYA À DZIRIELLE : LES ARCHIVES

Férial Baba Aïssa, pionnière de la peinture numérique en Algérie

Native d’une grande famille de Béjaïa, Férial Baba Aïssa est une figure discrète mais incontournable de l’art contemporain algérien. Si elle est aujourd’hui reconnue comme écrivaine, c’est d’abord dans la peinture qu’elle a tracé ses premiers sillons. Depuis sa jeunesse, le dessin et les couleurs occupaient une place centrale dans son quotidien.


©

Une artiste aux multiples palettes

Férial Baba Aïssa a exploré tous les styles picturaux, des plus classiques aux plus audacieux. Ses expositions, qu’elles soient individuelles ou collectives, ont toujours attiré l’attention du public par la richesse de leur expression. Mais en 1988, elle franchit un cap décisif en s’orientant vers une voie encore inexplorée en Algérie : la peinture numérique.

Précurseuse de l'art digital

La peinture sur ordinateur, que l’on nomme aujourd’hui art digital, était alors perçue comme une curiosité. Pour Férial Baba Aïssa, il ne s’agit pas d’un simple gadget, mais bien d’un prolongement naturel de la création. L’ordinateur devient son pinceau, sa palette numérique son terrain d’expression.

« L’ordinateur est au peintre ce que l’instrument est au musicien. Il ne suffit pas de l’avoir, encore faut-il le maîtriser. », explique-t-elle.

Son approche repose sur un équilibre subtil entre technique et émotion. Dégradés, transparences, volumes et ombres deviennent des terrains de jeu infinis, mais toujours au service d’une sensibilité artistique affirmée. Elle travaille à partir d’une palette connectée à l’ordinateur, sur tous les formats, avec des impressions réalisées sur papier spécial.

Une œuvre inspirée par l’esthétique et la mémoire

Les œuvres de Férial Baba Aïssa sont visibles sur un site web qui porte son nom. Elle y dévoile des créations aux inspirations diverses : esthétiques, sociales, philosophiques, mais aussi des tableaux en hommage au patrimoine africain, empreints de chaleur et d’humanité. Elle y réinvente un passé traditionnel à travers une modernité maîtrisée.

Une écrivaine engagée

Mais l’artiste est aussi une plume sensible. Elle a publié un livre-témoin consacré aux inondations tragiques de Bab El Oued, le 10 novembre 2001. Ce récit poignant, intitulé « Bab El Oued, afin que nul n’oublie », témoigne de sa douleur, mais aussi de la solidarité d’un peuple uni face à l’adversité. À travers des textes et des photographies d’époque, elle restitue la mémoire d’un quartier populaire profondément blessé.

Elle écrit : « Cette rivière est alimentée par quatre oueds... Dans ces conditions très favorables, l’élevage devenait une activité privilégiée. » Une manière de faire revivre un Bab El Oued d’avant 1830, plein de vie et d’humanité.

Un regard lucide sur le statut de l’artiste

Artiste engagée, Férial Baba Aïssa ne manque pas de souligner la précarité du métier :

« Malgré la faiblesse du marché de l’art qui pousse les artistes vers d’autres activités, ils continuent de créer. Il est urgent de définir un cadre juridique et économique adapté à la diversité de nos pratiques. »

Elle plaide pour une professionnalisation du secteur culturel, notamment face à la mondialisation et au tournant numérique :

« Bien que revendiquant cet art, je reste vigilante pour ne pas faire table rase de notre passé. Nos œuvres doivent s’ancrer dans notre culture afin de ne pas s’aligner aveuglément sur les modèles occidentaux. »

Férial Baba Aïssa incarne ainsi une double modernité : celle d’une artiste qui innove sans renier ses racines, et celle d’une femme qui inscrit l’Algérie dans le mouvement mondial de l’art contemporain.















Aucun commentaire pour le moment... Et si vous ouvriez le bal ? Votre avis compte, partagez-le avec nous ! Pour cela, rien de plus simple, connectez-vous en cliquant ici

- Connectez-vous pour commenter cet article
- Votre premier passage sur Dzirielle.com, nous vous invitons à créer un compte.